Mar
20


Auteur : Marc Villard

Pourquoi je ne suis pas venu

J’aime pas le vert. La chlorophylle, la nature, l’herbe tendre.
Aussi, quand les palois d’Un aller retour dans le noir m’invitèrent la première fois, je ne m’inquiétai pas. Pau, c’était pratiquement l’Espagne, la chaleur du sol craquelé, les plaines désertiques, les westerns spaghetti du côté d’Almeria, la terre ocre jaune effritée. En fait, non. Pau, c’est le vert tous azimuts avec en sus les Pyrénées noyées dans la brume et l’air frais des hauteurs qu’on ne peut gagner qu’en funiculaire. C’est dire.
La seconde année, je m’engouffrai dans une voiture noire en sortant de la gare et ne quittai plus le centre ville. Les organisateurs ayant eu le bon goût de nous loger loin de la verdure et des pelouses. Celles qui déclenchent le rhume des foins. Cette année, ils remettent ça avec une troisième invitation. Et ajoutent que la qualité de vie n’est pas la même à Pau qu’à Paris.


Mar
20


Auteur : Jean-Bernard Pouy

Bon, alors, nous sommes à Pau. Pas pour Henri IV, celui qui croyait que c’était un os. Pas pour Bayrou. Pas pour les mânes de la Labarrère. Pas pour visiter les usines de Lacq. Pas non plus pour déguster des coucougnettes, ni pour admirer le pic du Midi d’Ossau-Boucau. On est là pour un « Aller-retour dans le Noir ». On est là pour voir se profiler un absurde petit funiculaire sur fond de Pyrénées. Aaaah les Pyrénées ! Point culminant : le Pic d’Aneto, bande d’ignares, 3404 mètres. Et pas loin de Pau, le col de Roncevaux, où le Miles Davis de l’époque a soi disant arrêté les Sarrasins alors que c’étaient, tout simplement, des basques bondissants.


Mar
20


Auteur : MOULOUD AKKOUCHE

Parler d’un auteur en 2000 signes n’est pas simple. Et encore plus délicat quand il s’agit d’un copain. Par quoi commencer ? Ne pas donner l’impression de passer la brosse à séduire… Bon, trêve de blabla ;  déjà plusieurs centaines de signes perdus à tourner autour du texte.
Benoît Séverac, rencontré il y a plusieurs années,  a écrit plusieurs romans.  Le seul que j’ai lu est son deuxième ( pas son second, et tant mieux pour lui et ses lecteurs ), Rendez-vous au 10 Avril. En quelques mots, un inspecteur, chargé de morphine pour tenir en laisse les fantômes de la guerre de 14, enquête sur un suicide à l’école vétérinaire de Toulouse. Outre l’intrigue très bonne et l’écriture sacrément maîtrisée, le personnage principal ne vous lâche pas.  L’esprit bouffé par la « boucherie humaine », il est un reflet sans illusions de cette époque d’après-guerre, une époque où déjà on disait « Plus jamais ça. ».


Mar
20


Auteur : Lalie Walker

Sporgersi e pericoloso

- Ne fais pas ça !
Elle le fixe intensément, le regard voilé. Par la tension, la tristesse ou la rage, il ne saurait le dire.
­- Tu avais promis !
­- Quoi ? dit-il en reculant dos vers la fenêtre. Ouverte, et d‘où filtrent les pâles rayons de soleil d‘un début de printemps morose.
­- Tu as oublié ? demande-t-elle.
Il se passe involontairement la langue sur les lèvres. Il déteste la
manière dont elle le dévisage, et recule d‘un pas, puis d‘un deuxième.
­- Quoi ? Articule-t-il péniblement. J‘ai oublié quoi ?
Elle rit, d‘un rire idiot, métallique et infantile.
- Ta promesse, lâche-t-elle. En se rapprochant, jusqu‘à le toucher.
Il sent les montants en bois de la fenêtre, peints en blanc, écaillés.
Il pense à eux, à elle, à lui surtout.

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Mar
20


Auteur : Laurence Biberfeld

Il ne pouvait penser qu'en bronze

inspiré d’un poème d’Oscar Wilde et des sculptures de Kamal Amechmech

Vous me retrouverez peut-être. Qui reconnaîtra la couleur unique de son chagrin dans ces œuvres primesautières ? Je ne l’ai pas aimé, moi. Ni sa douleur, qui pesait sur ma tombe comme pour empêcher mon esprit de s’envoler, encore et toujours, jusqu’après la mort. Il avait posé “la douleur qui dure pour toujours” sur le marbre de mon tombeau. Comme si l’acier de son couteau n’avait pas suffi à me faire taire, il lui fallait encore poser deux cents kilos de bronze sur ma sépulture.
Ah, comme j’ai bondi quand il a ôté cette charge de mon estomac pour la livrer au feu ! Je me suis envolée par toutes les ailes des moineaux, dispersée par toutes les feuilles de l’automne.
C’était en automne aussi, son dernier rendez-vous. Le dernier jour de ma vie. Je suis morte depuis plus longtemps que je n’ai vécu. Vingt ans !
Cherchez-moi. Il a fondu son chagrin hideux pour façonner la statue du plaisir qui ne dure qu’un instant. Cherchez-moi ! Plus rien n’indique à présent où il a enfoui mon corps martyrisé. Je me rassemble et me disperse, me rassemble et me disperse au-dessus de ce gros châtaignier dont les racines se sont entrelacées à mes ossements. À présent il parsème le parc de ces plaisirs qui ne durent qu’un instant.