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Les cartouches d’un parrain


Auteur : Jean-Bernard Pouy

Bon, alors, nous sommes à Pau. Pas pour Henri IV, celui qui croyait que c’était un os. Pas pour Bayrou. Pas pour les mânes de la Labarrère. Pas pour visiter les usines de Lacq. Pas non plus pour déguster des coucougnettes, ni pour admirer le pic du Midi d’Ossau-Boucau. On est là pour un « Aller-retour dans le Noir ». On est là pour voir se profiler un absurde petit funiculaire sur fond de Pyrénées. Aaaah les Pyrénées ! Point culminant : le Pic d’Aneto, bande d’ignares, 3404 mètres. Et pas loin de Pau, le col de Roncevaux, où le Miles Davis de l’époque a soi disant arrêté les Sarrasins alors que c’étaient, tout simplement, des basques bondissants.

Observer les Pyrénées, à partir du fameux boulevard, c’est mieux que mater la ligne bleue des Vosges du haut d’une casemate de la ligne Maginot, ou le cap corse (à l’envers), l’hiver, planté sur la plage d’Antibes. C’est voir un mur magique, longtemps infranchissable, nimbé de frimas mais qui nous protège très efficacement de la corrida et des tapas. Une frontière imposante que ne franchissent que quelques cyclistes déments, dopés au gaspacho.
Le funiculaire, parlons-en, du funiculaire… Il faut que chaque auteur y fasse, à tour de rôle, un spiel, lecture, débat, conversation, bref, ce qu’il veut. Pour ça, il a 33 secondes à l’aller et 34 au retour (ça monte). Un vrai challenge. Et, en plus, c’est gratos. Ça change des colloques interminables de Cerisy la Salle. Avec le funiculaire, fini les ronflements sur place et les endormissements dus à l’ennui.
Cette année, il y a un belge qui va peindre en direct. Que quelqu’un, de Liège, ait accepté de venir près du Gave, est d’importance. Il n’a pas, à priori, d’appréhension, ce qui ne serait pas le cas s’il était invité à Montargis ou St Hilaire de Riez. Lui aussi, venu du plat pays, est attiré par les Pyrénées, un véritable aimant à touriste. Il va se planter, hiératique, sur le fameux Boulevard et dire simplement, dans sa langue si imagée : « c’est beau ! ». Il est vrai qu’on lui a dit, là haut, en bord de Meuse : « si tu regardes bien, tu verras même des ours ! ». Et quand Joe Pinelli montera, pour la première fois, dans le funiculaire, il sera émerveillé de découvrir qu’un tramway peut fonctionner verticalement. Ce qui reste quelque chose de primordial pour un artiste d’Outre-Quiévrain.
Je ne parlerai pas du Jurançon sec (qui coule à flot), parce que ça me donne soif d’avance. Je ne ferai pas non plus de blagues infamantes sur le nom de Pau, pourtant ce n’est pas l’envie qui manque. Mais, dans ce merveilleux petit festival, tout doit rester de l’ordre de la dignité. Celle de ceux qui pensent que lire reste la seule différence entre l’homme et la bête.
En plus, comme tous les ans, il va faire beau.