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Pourquoi je ne suis pas venu


Auteur : Marc Villard

Pourquoi je ne suis pas venu

J’aime pas le vert. La chlorophylle, la nature, l’herbe tendre.
Aussi, quand les palois d’Un aller retour dans le noir m’invitèrent la première fois, je ne m’inquiétai pas. Pau, c’était pratiquement l’Espagne, la chaleur du sol craquelé, les plaines désertiques, les westerns spaghetti du côté d’Almeria, la terre ocre jaune effritée. En fait, non. Pau, c’est le vert tous azimuts avec en sus les Pyrénées noyées dans la brume et l’air frais des hauteurs qu’on ne peut gagner qu’en funiculaire. C’est dire.
La seconde année, je m’engouffrai dans une voiture noire en sortant de la gare et ne quittai plus le centre ville. Les organisateurs ayant eu le bon goût de nous loger loin de la verdure et des pelouses. Celles qui déclenchent le rhume des foins. Cette année, ils remettent ça avec une troisième invitation. Et ajoutent que la qualité de vie n’est pas la même à Pau qu’à Paris.


On m’inflige depuis des années l’immonde qualité de vie provinciale en brandissant la pureté de l’oxygène, la verdure, donc la chlorophylle éblouissante et la bonne santé des poumons palois. Comment expliquer ma qualité de vie à moi : Orléans-Clignancourt le samedi soir au milieu des poivrots, les congolais s’expliquant avec les maliens, les mamas camerounaises s’engueulant pour une place assise, les musiciens des rues entonnant Guantanamera en yaourt, les queues au Ciné Cité, les queues devant les trattoria, les queues devant les sushis, les putes hors d’âge de la rue Saint Denis, les macs de la rue Blondel, les coiffeuses de Château d’Eau, les aboyeurs de strip-tease à Pigalle et les merguez de Barbès.
Dire que je n’y vais pas pour toutes ces raisons m’exposerait à l’incompréhension. Du coup, j’ai dit que ma sœur s’était fait massacrer par son jules et que l’avion de ma femme avait sombré en arrivant aux Bermudes. Ça passe mieux.