Mar
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Sporgersi e pericoloso


Auteur : Lalie Walker

Sporgersi e pericoloso

- Ne fais pas ça !
Elle le fixe intensément, le regard voilé. Par la tension, la tristesse ou la rage, il ne saurait le dire.
­- Tu avais promis !
­- Quoi ? dit-il en reculant dos vers la fenêtre. Ouverte, et d‘où filtrent les pâles rayons de soleil d‘un début de printemps morose.
­- Tu as oublié ? demande-t-elle.
Il se passe involontairement la langue sur les lèvres. Il déteste la
manière dont elle le dévisage, et recule d‘un pas, puis d‘un deuxième.
­- Quoi ? Articule-t-il péniblement. J‘ai oublié quoi ?
Elle rit, d‘un rire idiot, métallique et infantile.
- Ta promesse, lâche-t-elle. En se rapprochant, jusqu‘à le toucher.
Il sent les montants en bois de la fenêtre, peints en blanc, écaillés.
Il pense à eux, à elle, à lui surtout.

­

Eux, deux ans d‘une histoire dont l‘Histoire ne retiendra rien. Deux ans à
s‘époumoner des „je t‘aime“, à la vie à la mort. L‘air frais lui souffle
sur la nuque, il frissonne.
Gare à la chute, se dit-il, avant de se traiter de cinglé.
Jamais elle n‘oserait le pousser, elle tient trop à lui, et c‘est bien le
problème. Son problème. Elle ne renonce pas, malgré son rejet, son dégoût
de ce qu‘elle est devenue - ou a toujours été, mais qu‘il ne voyait pas.
Le charme s‘est évaporé, a disparu, envolé, mort, désintégré. Le charme,
c‘était avant, avant aujourd‘hui, où elle a planté son regard dément dans
le sien, où elle l‘accule vers la fenêtre. Pour mieux le pousser ?
Mais il a du répondant, non ? Si. Un couteau, petit et capable de dégâts
irrémédiables. Mais tellement petit, qu‘elle semble ne même pas le
remarquer. Pourtant, il le tient serré dans sa main, contre sa poitrine,
comme un rempart. Une digue construite à l‘improviste et à même de
contenir tous les élans, toutes les tempêtes.
­- Tu avais promis, réitère-t-elle, tandis que le coin de sa bouche
s‘affaisse sur un sourire amer.
Il recule encore, s‘arc-boute et se cambre, déjà le haut de son corps
touche le dehors. L‘extérieur. L‘ailleurs.
­- S‘il te plaît, ne gâche pas tout.
Elle ne rit pas, mais sourit faiblement.
­- Gâcher ? Que reste-t-il donc à gâcher ?