Mar
20

Vieux briscard et jeune loup sont dans un bateau


Auteur : MOULOUD AKKOUCHE

Parler d’un auteur en 2000 signes n’est pas simple. Et encore plus délicat quand il s’agit d’un copain. Par quoi commencer ? Ne pas donner l’impression de passer la brosse à séduire… Bon, trêve de blabla ;  déjà plusieurs centaines de signes perdus à tourner autour du texte.
Benoît Séverac, rencontré il y a plusieurs années,  a écrit plusieurs romans.  Le seul que j’ai lu est son deuxième ( pas son second, et tant mieux pour lui et ses lecteurs ), Rendez-vous au 10 Avril. En quelques mots, un inspecteur, chargé de morphine pour tenir en laisse les fantômes de la guerre de 14, enquête sur un suicide à l’école vétérinaire de Toulouse. Outre l’intrigue très bonne et l’écriture sacrément maîtrisée, le personnage principal ne vous lâche pas.  L’esprit bouffé par la « boucherie humaine », il est un reflet sans illusions de cette époque d’après-guerre, une époque où déjà on disait « Plus jamais ça. ».

Un flic d’hier mais qui pourrait, toutes proportions gardées, évoluer dans notre monde d’aujourd’hui. Bref, un personnage sombre dont les interrogations  traînent dans la tête longtemps après la lecture du roman. À vous de juger sur texte.
 Ça y est : la brosse est passée, et « le vieux briscard » adoube le « jeune loup ». Pourquoi pas vieux loup et jeune briscard ? Après réflexion, il me semble que la frontière entre les deux est aussi fine que le papier bible de la Pléiade  ou de certains bouquins de poche. Confirmés ou pas, les auteurs ne sont-ils pas tour à tour «  vieux briscard » et « jeune loup  » ? Sujet du bac comme dirait l’autre. En tout cas, les romanciers - loup ou vieux briscard  - ne sont souvent que des « sac de nœuds » à ciel ouvert. De grands gosses contradictoires, toujours à repeindre le réel  avec la couleur encre. Quoi qu’il en soit, Benoît Séverac fait partie de ces auteurs qui continuent de douter, préférer l’ambition à la prétention,  et mettre une page derrière l’autre. Pour le meilleur et le livre.